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Farid Dahdah

De Aramoun à Dinard: l’histoire d’un comte

Apr 16, 2009

France

Lorsque je me suis installé en France en 1990, j’ai voulu savoir si d’autres immigrés libanais portant le même nom de famille (si difficile à prononcer correctement en français) avaient laissé des traces de leur passage dans ce pays.

Internet n’existant pas à l’époque, j’ai tout naturellement demandé à mon père s’il avait des informations à cet égard. C’est alors qu’il a ressorti de ses archives divers documents dont certains retracent l’origine des Dahdah et d’autres racontent le rôle important joué à Dinard par le comte Rochaïd El Dahdah qui appartenait à l’une des branches de cette grande famille.

Il m’a donc semblé intéressant de publier dans cette rubrique, la lettre qui avait été envoyée en date du 18 novembre 1964 par le Député-maire de Dinard à un ami de mon grand-père qui rédigeait à l’époque un ouvrage d’histoire sur la Tunisie à la veille du protectorat français (1861-1881). Les recherches qu’il avait menées à ce sujet lui avaient révélé le rôle important joué dans les affaires tunisiennes, entre 1863 et 1869, par le comte Rochaïd El Dahdah, né à Aramoun (Kesrouan- Liban) en 1814, naturalisé français en 1863 et qui s’est notamment fait en France une réputation d’écrivain et de collectionneur de manuscrits arabes rares.

La ville de Dinard est aujourd’hui la plus importante station balnéaire de la côte d’émeraude. Son particularisme réside en ses deux façades, maritime et fluviale, entre la Rance et la Manche.

Les années 1870 marquent le début de la spéculation immobilière, avec l’arrivée à Dinard du comte Rochaïd El Dahdah qui sera le véritable promoteur de la station.

Le comte mettra sa fortune au service de l’aménagement de Dinard. Il organise la voirie, construit des villas, améliore le service de bateau entre Dinard et Saint-Malo. On lui doit la percée de nombreuses rues du centre ville, dont la rue de Verdun et la rue du Clos de la Fontaine qui mènent à la place qui a pris aujourd’hui son nom, la place Rochaïd. On lui doit aussi la construction de la halle des Aulnaies (aujourd’hui détruite) ainsi que l’initiative de projets ambitieux tels que l’ouverture de la ligne de chemin de fer Dinan-Dinard et l’emplacement de la gare qui sera inaugurée en 1887. Un de ses multiples projets est de faire sauter la falaise, à la cale du bec de la Vallée pour permettre une communication directe entre l’embarcadère et la plage de l’Ecluse mais ceci ne sera réalisé qu’en 1911 par ses fils.

En bons libanais, on aimerait croire aussi qu’il aurait donné son nom à la ville en souvenir du mot arabe « dinar » (écu, monnaie – symbole de valeur), mais les livres d’histoire sont là pour contredire cette théorie.

Par ailleurs, bien plus au sud de la France, dans la ville de Marseille, on retrouve aussi des traces laissées par des membres de la famille puisqu’un boulevard et une école ont été respectivement baptisés : “boulevard Dahdah” et “École maternelle Dahdah”.

Voilà en quelques lignes une histoire qui ressemble à celles que des millions d’autres libanais ont écrites partout où ils ont posé leurs valises de par le monde.

Je suis bien entendu fier du nom que je porte et je conserverai toujours jalousement, comme l’ont toujours fait les Dahdah, nos anciennes traditions de dignité. Mais je suis surtout fier de mes origines ainsi que de toutes les valeurs que m’a famille et mon pays m’ont transmises qui sont encore heureusement partagées par de nombreux libanais et qui font que malgré les ouragans successifs qui ne cessent de frapper le Liban, son peuple continue à se distinguer sur les cinq continents.

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