LEBANON ::

Tania H. Mehanna

Une foire au centre de la ville

23/03/2009

Liban

EN MARS 1920, le gouvernement français décide d’organiser dans la ville de Beyrouth une importante foire industrielle. Les produits européens doivent y être exposés ainsi que les produits des principales villes du Levant. Il est également prévu, en marge de la foire, une série de divertissements : cinématographe, ménageries, chevaux de bois, balançoires…

Pour les autorités françaises en place, cette exposition-foire a une importance stratégique indéniable. D’une part elle vise à relancer l’activité culturelle et commerciale d’une région très touchée par la guerre et par d’importants bouleversements politiques, et d’autre part, elle a pour but de rétablir le calme dans les esprits en montrant les bons côtés d’un Mandat français pas toujours accepté. Sans oublier également la volonté d’attirer des capitaux étrangers dans la région. Dès lors, les autorités se mettent au travail. La place des Canons est aplanie et beaucoup d’arbres du jardin sacrifiés pour les besoins de ce qui sera une des plus importantes foires de la région. Après plus de 7 mois de travail, l’exposition ouvre enfin ses portes le 15 avril 1921. Deux pavillons en arcs de cercle sont situés au nord et au sud de la Place et abritent un musée des Armes et la section des Beaux-Arts.

Quatre autres sont réservés aux villes de Beyrouth, Damas, Tripoli, Sidon et Alep. Derrière le Petit Sérail, sur l’esplanade de la marine se dresse le pavillon de l’agriculture ainsi qu’un restaurant et un cirque, le Diorama. La foire s’étend également sur la rue Allenby où les kiosques abritent les richesses artisanales et industrielles des pays du Levant ainsi que des produits européens de qualité. Cette foire est officiellement inaugurée le 30 avril de la même année par le Haut-Commissaire, le général Gouraud, accompagné du sénateur Fernand David, du député de Paris Edouard Soulier, de Hakki Bey Azem, gouverneur de l’Etat de Damas, de Daoud Bey Ammoun, président de la Commission Administrative du Grand Liban et d’Auguste Adib Pacha, secrétaire d’Etat. Un cuirassé, le « Lorraine » ayant à son bord l’amiral Debon, arrive à Beyrouth à l’occasion de cette foire-exposition qui connait un réel succès, avec une affluence de plus de 6000 visiteurs par jour, et qui fait régner durant deux mois dans la ville de Beyrouth une atmosphère de fête. Certains bâtiments situés Place des Canons et ayant servi à la foire furent par la suite loués à des particuliers pour servir de cafés et d’établissements de commerce. Mais en 1924, après plusieurs plaintes des riverains qui souhaitaient retrouver toute la fraicheur du jardin de la Place, ces bâtiments furent démolis et le jardin réaménagé l’année suivante. A l’occasion de cette foire, un musée national fut fondé. Il occupa les locaux de l’école allemande, le futur Collège Protestant Français, en attendant que le musée que nous connaissons aujourd’hui soit mis en chantier en 1930 et inauguré en 1942.

Ci-dessous, un passage de «L’œuvre de la France en Syrie» paru dans La revue des deux mondes, Paris, 1921.

«…Pour en hâter l’essor, en montrant tout ce qu’on peut attendre du développement du mouvement économique du Levant, le général Gouraud a résolu de renouveler au printemps prochain à Beyrouth, l’heureuse initiative que le général Lyautey avait prise en pleine guerre, en créant au Maroc la grande foire de Casablanca. Il était frappant, en effet de voir notre propagande commerciale très négligée jusqu’ici au Levant, alors que celle de nos rivaux et de nos ennemis était si soigneusement poursuivie. (…)
La Foire de Beyrouth sera ouverte le 1er avril 1921. Elle doit répondre au triple but de développement des relations commerciales entre la France et la Syrie ; de donner une impulsion vigoureuse à l’agriculture, au commerce du pays, et de faire connaître certaines industries indigènes en voie de disparition ; de contribuer au rétablissement du calme dans les esprits, en substituant le souci du développement économique du pays à celui de l’agitation politique, affirmant ainsi de la façon la plus fructueuse les bienfaits de la collaboration française.
La foire comprendra une exposition d’échantillons français, une exposition agricole, une foire d’échantillons non syriens, un certain nombre d’attractions qui ne manqueront pas de plaire à la population syrienne. Il faut vivement souhaiter le succès de cette entreprise heureuse. Les économistes, industriels et commerçants français feront œuvre patriotique en y contribuant pour leur part.»

0 Comments

Submit a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *