LEBANON ::

Vahé Tachjian

Orphelinats arméniens du Liban des années 20

11/03/2009

Avec l'aimable permission des PUSJ

Les photos montrent l’orphelinat du NER à Antélias, Maria Jacobsen, missionnaire norvégienne et les enfants de l’orphelinat de Saïda ainsi que l’orphelinat du NER à Byblos.

(Extrait du livre “Les Arméniens (1917-1939) la quête d’un refuge”, © Presses de l’Université Saint-Joseph)

… Le transfert massif des orphelins arméniens de Cilicie vers la Syrie et le Liban n’a lieu qu’après la signature de l’accord d’Ankara, en octobre 1921, entre la France et la Turquie. Les Arméniens sont alors déterminés à quitter le territoire cilicien avant l’installation de l’administration et des troupes turques. Ils souhaitent naturellement entraîner dans ce mouvement d’exode leurs propres orphelins. Ainsi, le 30 décembre 1921, les trois cent quatorze orphelins de l’orphelinat de l’UGAB (Union Générale Arménienne de Bienfaisance) de Mersin débarquent au port de Jounié, au Liban, et sont immédiatement envoyés vers leurs nouveaux refuges, à Bzommar, dans les dépendances du siège des Arméniens catholiques, et à Achqout, dans un grand couvent maronite loué pour l’occasion. Quant aux trois cent soixante-quatorze orphelins de l’établissement “Kélékian-Sissouan” de l’UGAB de Dörtyol, ils arrivent par train à Alexandrette, le 30 décembre. Après un court séjour dans cette ville, ils embarquent pour Beyrouth le 10 janvier. Tous les garçons sont installés dans le couvent de Bzommar et toutes les filles, ainsi que les orphelins les moins âgés, à Ashqout. Au printemps 1922, l’UGAB décide de réunir les deux établissements de Bzommar et d’Ashqout à Beyrouth, dans le quartier d’Achrafié, près du réservoir d’eau, dans un grand bâtiment qui avait été auparavant une école juive. Le nouvel établissement “Kélékian-Sissouan” comprenait deux écoles primaires: Une pour les filles et une pour les garçons, l’école élémentaire étant mixte.

A la différence des organisations arméniennes, l’administration française et le Near East Relief (NER) ont décidé de conserver leurs orphelinats arméniens en Turquie. Or, dès les premiers mois de 1922, il est devenu évident que le maintien de ces œuvres charitables américaines ou françaises en Cilicie était une entreprise hautement risquée en raison de la volonté affichée par les autorités turques d’homogénéiser leur territoire et de voir les chrétiens expulsés de la région. Soumis à de fortes pressions et intimidés par des mesures vexatoires turques, les responsables de ces établissements n’ont eu d’autre choix que de plier bagage et de transférer leurs orphelins, en grande majorité des Arméniens, en Syrie et au Liban dès 1922. Ainsi, le Near East Relief organise, de mars à septembre 1922, l’évacuation vers la Syrie de 10 017 orphelins se trouvant sous sa protection dans les provinces orientales de la Turquie. La majorité de ces enfants est finalement transférée au Liban. Quant aux pensionnaires de l’établissement français d’Adana, au nombre de 505, dont 413 Arméniens, 60 Syriaques et 32 Chaldéens, ils sont évacués dès le 19 octobre 1922, vers Beyrouth. Les filles sont dirigées sur Baabda, où elles sont logées dans un couvent désaffecté tenu par les sœurs franciscaines. Les garçons sont envoyés à Bikfaya, où ils sont pris en charge par les capucins français, qui s’occupent déjà d’environ deux milles orphelins libanais.

Chacun de ces établissements a sa propre histoire, mais nous nous contenterons ici de ne donner qu’un bref aperçu de ceux qui ont existé après 1921.

• Jbeil (Byblos) (NER). Cet orphelinat américain fondé en octobre 1920, abritait environ mille enfants, en grande majorité d’anciens pensionnaires de l’établissement d’Aïntab . Il a été dirigé par le R.P. Travis, remplacé plus tard par son adjointe, Miss Petersen, une Danoise. Ce refuge a été fermé en 1925, et les enfants les moins âgés ont été accueillis à l’orphelinat de Saïda.

• Nahr Ibrahim (NER). Cet orphelinat, créé au printemps 1923, après l’évacuation vers le Liban des orphelins des établissements de l’organisation américaine de Césarée et de Konia, a abrité environ mille enfants, installés dans des maisons au bord de la rivière, sous la direction de l’Américain Stanley Kerr. La malaria y a fait des ravages considérables. En 1924, les quatre cents survivants ont été transférés à l’orphelinat de Jbeil.

• Ghazir (NER).En 1919, les Américains y ont établi un orphelinat réservé aux enfants libanais, qui ont été évacués à Saïda en 1922. L’établissement a alors été confié à Jacob Künzler. Celui-ci accueille environ mille cinq cents orphelines arméniennes, en majorité évacuées d’Ourfa. Il y a eu ici un important atelier de fabrication de tapis, où nombre de jeunes filles ont travaillé. A partir de 1925, une école pour aveugles y a été également ouverte.

• Ma’meltein (NER). Le NER y a fondé en 1922 un orphelinat pour garcons, dirigé par T. W. Gannaway, dans lequel quatre cent vingt-cinq enfants ont appris un métier. Cet établissement n’a fonctionné qu’une année. L’autre orphelinat américain de Ma’meltein, réservé aux enfants en bas âge, a été fermé en 1924, et le bâtiment transformé en sanatorium.

• Jounié (NER). Dans cette ville portuaire, les Américains ont fondé un orphelinat de filles qui a abrité environ quatre cent soixante-dix orphelines et a été dirigé par l’Américaine Katherine Fletcher. Les filles évacuées de Césarée et de Konia y ont été accueillies. L’établissement a été fermé en 1925, et une partie des filles a été évacuée à Ghazir et Saïda.

• Saïda (sœurs de Saint-Joseph). Cette mission française s’occupait ici de quarante fillettes arméniennes.

• Hammana (NER). Cent quatre-vingts orphelines arméniennes y ont été hébergées. Elles ont été plus tard évacuées vers d’autres orphelinats du Liban. L’établissement de Hammana servait également de sanatorium pour les orphelins tuberculeux. Le NER a entretenu enfin de petits orphelinats à Tyr et à Damour.

• Bzommar (orphelinat administré par l’Eglise arménienne catholique du Liban). Cet établissement a d’abord été installé au couvent de Bzommar. Il abritait près de deux cents garçons. Par la suite, les enfants ont été transférés à Beyrouth où le père Paul (Boghos) Aris a fondé, en 1923, l’orphelinat-atelier Saint-Grégoire, puis, en 1929, une ferme située à Bourj Hammoud, où tous les enfants ont été transférés.

• Jounié (orphelinat du Vorpakhenam). Fondé en 1920, suite à l’évacuation des orphelins de l’établissement d’Aïntab, il a été dirigé par Ghazaros Ghbliguian. En 1928, cet orphelinat s’est toutefois retrouvé sans ressource et les soixante-quinze orphelines qui s’y trouvaient ont été transférées au « Kélékian-Sissouan » de l’UGAB.

• Beyrouth (“Kélékian-Sissouan” de l’UGAB). Construit dans le quartier d’Achrafié depuis 1922, cet établissement a été d’abord dirigé par le père Mampré Sirounian, remplacé, fin 1922, par le Dr Karekin Amadian. Il a fermé ses portes au début des années 1930.

• Chemlan. Cet établissement a été dirigé par la missionnaire britannique Frearson. Entre cent et cent cinquante orphelines évacuées d’Aïntab y ont été installées.

• ’Araya. Trois cents pensionnaires y ont été installés.

• ’Aley (sœurs de Besançon). Environ 300 garçons arméniens étaient établis dans cet orphelinat administré par la mission française.

• Ba’abda. Il y avait deux orphelinats : l’un géré par les sœurs franciscaines et comprenant 100 filles arméniennes ; l’autre par les sœurs de Besançon, constitué de 100 filles arméniennes.

• Baskinté (sœurs de Saint-Joseph). Vingt filles arméniennes se trouvaient dans cet établissement français.

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