LEBANON ::

Carol Khouzami

Etre Libanais

14/02/2009

Juriste, Liban

Il parait que la faiblesse du pays est que l’identité libanaise unique ne s’est toujours pas forgée et qu’elle varie selon les communautés religieuses et les affiliations politiques. Cette théorie me laisse perplexe… je me sens et suis libanaise à part entière avec tout ce que cela implique….

Cela implique que je ne dois renoncer à aucune des nuances de mon identité, à aucune part de mes souvenirs, à aucune langue des langues que je parle, à aucune identification culturelle que je pourrais avoir au delà des frontières libanaises mais que je dois simplement construire des ponts afin d’éviter de sombrer dans la schizophrénie.

J’ai vécu dans trois pays différents (sans compter les quelques mois passés en Syrie dans les années 1976-77) sans jamais me sentir autre que libanaise, mais une libanaise ouverte qui a tant à apprendre et à prendre des autres cultures et qui veut tant donner de son pays et de ses coutumes. Etre confronté à d’autres cultures nous oblige à réfléchir, faire la part des choses entre ce que nos traditions ont de beau et de vrai et ce qu’elles ont de désuet, de dépassé, voire de faux et même de choquant.

Etre libanais, c’est très probablement être globalisé avant la mondialisation, c’est respirer à plein poumon l’air pur du Koura, se régaler des spaghettini al pomodoro con i gamberi à Trastevere, savourer les ruelles du quartier d’Achrafieh les dimanche de soleil quand il appartient à ceux qui le découvrent à pied, et se laisser envoûter par la sérénité et la beauté des tableaux de Monet au musée Marmottan…. C’est cela et mille autres petits rêves auxquels on a goûté à New York, à Barcelone, à Londres, à Essouira, à Luxor et autres….

Mais c’est aussi tout un tas d’amis ici et de là-bas avec qui on a vécu un pan de vie, une part de notre histoire et qui sont tous nécessaires pour se construire un seul MOI. Des amis de là-bas à qui on voudrait faire connaître ici, et des amis d’ici à qui on voudrait faire connaître les amis de là-bas…. Jeter des ponts…. Pendant toutes les années de guerre, ceci était impossible. Comment raconter, expliquer, partager ce que je vivais là-bas à mes amis d’ici ??? Comment sentir qu’il y a une continuité, un fil directeur ininterrompu autour duquel se construit ma vie?

Et puis 1990, la paix, le calme, le retour, le tourisme qui refleurit et mes amis de là-bas qui intègrent ma vie d’ici…. Et les ponts sont jetés… le Liban visité dans ses coins les plus reculés, mes amis d’ici qui rencontrent et sympathisent et se lient d’amitié avec mes amis de là-bas… et les failles de mon MOI qui s’estompent.

C’est tout ça être libanais…. C’est ouvrir son coeur et son esprit à toute la beauté, la bonté et la justesse du Monde.

Justesse du Monde … il faut savoir distinguer entre, d’une part la reconnaissance culturelle et la reconnaissance tout court envers un pays, voire plusieurs pays qui nous ont accueillis et permis de grandir de corps, d’esprit et d’âme à l’abri, loin des atrocités de la guerre.

Et d’autre part, la loyauté envers un pays qui abrite nos racines, nos familles, notre enfance, qui nous arrache ces douces larmes de nostalgie et d’appartenance et qui a en plus tant besoin de nous pour l’aimer et le sauvegarder…

La distinction repose, il est vrai, sur un fil très léger… qu’il n’est ni interdit ni criminel de dépasser à condition d’être conscient que dans ce cas, ca n’a plus beaucoup de sens de se dire libanais !

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